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On continue, malgré tout.

Publié le Mis à jour le

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas écrit de nouvel article. Nouvelle année ou pas, je l’avoue, c’est surtout à cause d’un cocktail de fatigue due au boulot, de manque de temps fortement lié au boulot, et de cette manie totalement incorrigible de commencer quelque chose de créatif sans jamais le finir, ou dans très longtemps.

Un petit article de temps en temps, même pour ne pas parler de grand-chose, c’est toujours plaisant. D’abord personnellement, ça permet de se sortir quelques idées de la tête et de les mettre quelque part, même s’il faut bien admettre que d’après le compteur WordPress, j’écris le plus souvent pour moi et moi seul.

Puis, ça permet de faire perdurer ce qui tend à disparaître, d’après beaucoup. Je vois passer de plus en plus « d’anciens » du Web, à savoir toute la génération qui l’a naître pour le grand public et qui l’a vu évoluer, pas celle qui est née le nez dedans, faire un état des lieux critiques. Internet ne serait plus comme avant.

Quelque part, c’est vrai. Internet, c’est passé de la page Web perso ou collective, qu’on se faisait à la mano en HTML, ou WYSIWYG avec des éditeurs comme celui de la suite Netscape, et qu’on balançait chez l’un des innombrables FAI de l’époque bas débit, à cette domination des réseaux sociaux et des plate-formes de partages vidéo, en passant par l’époque des gros sites communautaires où on groupait déjà du mail, du chat et de l’hébergement de pages, sans oublier la grande période des Skyblogs, Blogger et autres plate-formes de blogs.

En l’espace de 25 ans, le Cyberespace a considérablement changé, parce que la technologie a évoluée, permettant de mettre en ligne toujours plus vite des contenus toujours plus riches, et parce qu’il a continué de se démocratiser, de s’ouvrir à un public de plus en plus large. Oui, c’est vrai, l’Internet d’aujourd’hui c’est Facebook, Google, Amazon, Twitter, Youtube, des géants du Net toujours plus énormes, toujours plus dominants, du pompage de données, de contenus à gogo, de la surveillance de nos voyages sur la Toile dans tous les sens. Et de plus en plus de dérives vers l’idiot, le stupide, le nauséabond, l’immonde. Parce qu’il y a de plus en plus de monde sur les réseaux, il y a de plus en plus d’idées, de visions, que le monde physique séparait et que le monde virtuel a brutalement mis en face-à-face.

Je comprend parfaitement que ça ne plaise pas à beaucoup « d’anciens ». Ils sont pour beaucoup tombés ces temps-ci dans leur crise envers cet Internet qu’ils voient dériver, avec l’Internet « d’avant » qui disparaîtrait au profit de l’Internet « de maintenant ». C’est vrai que de ce qui est resté des époques successives que j’évoquais plus haut, on a eu des pertes. Enfin, des pertes, c’est toujours là, quelque part. Les pages persos à l’ancienne, juste pour faire partager sa passion avec d’autres, sont toujours là, on peut toujours en faire même si c’est devenu plus galère, c’est juste qu’à l’époque du « on ne passe plus que par les réseaux sociaux », ça veut dire ne plus attirer grand-chose comme trafic si l’on ne va pas balancer ses liens partout où sont les gens, ou en tout cas l’énorme masse de gens qui n’utilise en pratique le Web que pour balancer banalités et autoportraits sur Facebook & co. Idem pour les forums, les plate-formes de chat, et évidemment les blogs.

Je pense qu’au fond, c’est comme pour la vie de tous les jours : on a perdu l’aventure. L’Internet des débuts, puis l’Internet des blogs, ça donnait « corps » à l’idée d’un Cyberespace. C’était comme un continent supplémentaire où on aurait toujours de nouvelles destinations à partir explorer, je pars à la découverte de nouveaux sites, je vais sur le blog du copain c’est comme si je faisais virtuellement un saut chez lui. Et maintenant, c’est devenu comme la télé, on reste devant son Facebook, son Twitter, on voit tout passer dessus sans en bouger, c’est tout juste si on prend la peine d’aller réellement regarder vers quoi emmènent les liens qui défilent dans les flux d’actualités, le pire étant quand lesdits liens envoient vers d’autres flux de contenus qui s’agglomèrent sans discontinuer. Certainement que ça donne une nostalgie de l’époque où on ne faisait pas la course à qui inondera le plus ces plate-formes, où on faisait probablement plus attention à ce qu’on mettait en ligne.

Je veux dire, prenez l’exemple de ce blog, et de cet article. Je me suis mis devant, et j’ai pris le temps de le faire. De m’arrêter et de réfléchir à ce que je voulais raconter, même si très certainement au final c’est parti un peu dans plusieurs sens et qu’on pourra me reprocher de ne pas développer certaines pistes. De prendre le temps de l’écrire. Et de le faire tout en sachant que ça va sans doute juste rester là, en ligne, accessible, mais pas forcément lu, trouvé par d’autres. On ne fait pas vraiment ça sur un réseau social. On est dans la réaction immédiate, on balance son avis en instantané sur quelque chose, on poste des choses pour lesquelles on attend un retour. C’est très rare de retrouver l’équivalent d’un article de blog ou de page perso dans un contenu envoyé sur Facebook, certains ont tenté à un moment de le faire, ils ont le plus souvent laissé tomber.

D’ailleurs, c’est très embêtant pour les idées. Je parlais plus haut de tout ce qui était séparé physiquement et qui s’est retrouvé tout mélangé sur Internet, ça devient encore plus un foutoir généralisé quand en plus les gens communiquent sans filtre sur les réseaux sociaux, et à fortiori quand une quantité phénoménale de on-dits vient mettre son grain de sel. Dans le monde physique, on va trouver des milliers de raisons pour lesquelles on ne va pas, comme ça, gratuitement, balancer des vacheries à la figure des gens. Attention, je sais très bien que certains le font, mais on appelle ça des grandes gueules quand on est poli, et en général ce sont de gros cons finis qui en payent quand même les conséquences plus ou moins vite. Sur Internet, sur les réseaux sociaux en tout particulier, les barrières qui font qu’on est pas un salaud avec le premier venu tombent toutes plus ou moins. Tout en restant dans un cadre parfaitement légal, les individus peuvent se transformer, consciemment ou non, en salopards de première catégorie, tout particulièrement dans le contexte de masse. Je voyais récemment une discussion dans les commentaires d’une page Facebook relativement neutre, pas politique, pas pro ni anti quelque chose, assez généraliste, une opinion contraire à la majorité des commentateurs en ligne à ce moment-là a valu à la personne qui l’a exprimé l’équivalent en réaction virtuelle à ce qui serait passé pour de vrai à un tabassage public par une foule en colère. On est sur un niveau de réaction à fleur de peau tout droit direction le plus extrême qui fait tout simplement froid dans le dos.

Enfin bref, pour en revenir à notre Internet qui fait son chemin, oui, je comprend qu’on en vienne déjà à regarder certaines périodes de sa courte histoire avec nostalgie, je comprend pourquoi. Et les quelques-uns qui ont décidé que tout est désormais pourri ont tout autant raison que tord. La Toile est une vaste chose, reflet déformé de notre monde réel, mais il ne faut jamais oublier que ce cyberespace reste totalement artificiel, ne contient que ce que l’humanité a bien voulu y placer, et n’est dominé que par ce et ceux que cet immense inconscient collectif laisse faire. Après tout, petits êtres de chair que nous sommes, notre perception a ses limites, le trop grand a tendance à vite nous dépasser, et Internet en est déjà là pour l’utilisateur seul, même pour ceux qui y réfléchissent intensément.

Mais on continue, malgré tout.